Paris · Butte Montmartre · 1875–1877
Renoir à Montmartre
Un atelier rue Cortot, un jardin traversé de soleil et un bal populaire où les amis deviennent modèles : Renoir transforme Montmartre en scène majeure de la vie parisienne moderne.

1876 · Huile sur toile · 131,5 × 176,5 cm · Musée d’Orsay, Paris.
Une promenade en quatre étapes
Du jardin calme à la foule du bal
Montmartre permet à Renoir de travailler presque simultanément le paysage, le portrait et la scène collective. Quelques rues relient l’atelier, les modèles et les lieux de divertissement.
Rue Cortot
Dans son atelier, Renoir prépare ses compositions et retrouve un réseau d’amis peintres et modèles.
Les jardins
La végétation filtre la lumière et fournit le cadre de La Balançoire et du Jardin de la rue Cortot.
Le Moulin
Le bal populaire offre danse, conversations, tables serrées et mouvements de foule.
Paris moderne
Montmartre rejoint les théâtres, cafés et boulevards dans une peinture nouvelle des loisirs.
Un village dans Paris
Montmartre, entre campagne et métropole
Annexée à Paris en 1860, la Butte conserve dans les années 1870 des rues en pente, des jardins, des terrains libres et des moulins, tout en accueillant une population liée aux ateliers, aux cafés et aux spectacles. Cette coexistence attire Renoir : il peut peindre une scène de plein air sans quitter la vie urbaine.
Le Moulin de la Galette concentre cette ambiguïté. Les moulins Radet et Blute-Fin appartiennent à l’histoire rurale du quartier; le bal et la guinguette exploités par la famille Debray relèvent, eux, d’une nouvelle économie des loisirs. On y vient danser, boire, regarder et rencontrer.
Renoir n’en donne pas une vue documentaire. Il efface presque l’architecture derrière les arbres et place l’horizon très haut. Le lieu devient une enveloppe de lumière, de musique et de corps. Montmartre est reconnaissable par son atmosphère sociale davantage que par ses monuments.

12, rue Cortot
L’atelier et les jardins Renoir
Renoir vit et travaille sur place entre 1875 et 1876. Les jardins actuels du musée de Montmartre portent son nom en souvenir des œuvres conçues dans cet environnement.

Le Jardin de la rue Cortot

Un jardin à Montmartre
Le jardin n’est pas une parenthèse décorative autour de l’atelier. Il fournit à Renoir un dispositif de travail : des modèles peuvent poser à l’extérieur, les feuillages produisent une lumière fragmentée et l’espace intime permet d’étudier gestes et conversations sans la pression d’une scène officielle.
Le musée de Montmartre relie directement ce séjour au Bal du moulin de la Galette, à La Balançoire et au Jardin de la rue Cortot. Aujourd’hui encore, les jardins composent un contraste saisissant avec les rues très fréquentées de la Butte et rendent sensible l’ancien caractère champêtre du quartier.
Le chef-d’œuvre de 1876
Le Bal du moulin de la Galette : organiser une foule sans la figer
Le grand tableau est peint en majorité sur place au printemps et pendant l’été 1876, puis vraisemblablement achevé dans les ateliers de la rue Cortot et de la rue Saint-Georges. Renoir adopte un point de vue légèrement surélevé depuis les marches. La piste s’ouvre devant lui, tandis que l’horizon haut comprime la profondeur.
La composition ne possède pas un centre unique. Les regards, bras, chapeaux et dossiers de chaise forment plusieurs chaînes. Au premier plan, les amis assis à droite stabilisent l’image. À gauche, des couples dansent. Au fond, la foule devient une vibration de visages et de couleurs.
Cette organisation produit une impression paradoxale : le spectateur reconnaît des individus, mais aucun portrait ne s’isole complètement. Chacun appartient à une circulation collective. Renoir invente ainsi une peinture de la sociabilité, où la relation compte autant que le personnage.

L’arrière-plan
La foule est suggérée par des visages, des chapeaux et des touches rapprochées qui prolongent le mouvement.
Les danseurs
À gauche et à mi-distance, les couples donnent une direction circulaire et un rythme corporel à la scène.
Le premier plan
Le groupe assis à droite crée des liens par les regards et les gestes, tout en ouvrant la scène vers le spectateur.
Deux œuvres parallèles
La lumière traverse les feuillages
La Balançoire et le grand Bal sont réalisés pendant le même été. Ils partagent modèles, jardin et recherche d’une lumière mouvante.

La Balançoire
Une conversation suspendue, quatre figures au premier plan et des taches de soleil sur les vêtements et le sol.

Le Bal
Le même principe lumineux unifie une foule entière : les bleus et mauves reçoivent des éclats roses, orangés et blancs.
Renoir évite le contour fermé. Les formes se construisent par voisinage de touches et par changements de température colorée. Une manche, un visage ou une table ne se détachent jamais complètement de l’air ambiant. Les critiques de 1877 reprochent justement à cette méthode de dissoudre les formes.
Cette dissolution est pourtant le moteur du tableau. Elle fait passer la sensation de musique et de mouvement sans représenter un geste spectaculaire. Les figures semblent changer de position parce que la lumière elle-même ne paraît jamais stable.
Amis et Montmartrois
Une foule composée à partir de proches
Renoir mêle des amis identifiables et des figures rapidement observées. Le réseau de l’atelier devient la matière humaine du tableau.
Edmond Renoir
Le frère du peintre apparaît dans La Balançoire et appartient au cercle mobilisé pour les scènes montmartroises.
Norbert Goeneutte
Peintre et graveur, il pose dans La Balançoire et figure aussi parmi les danseurs du grand Bal.
Jeanne
Cette jeune Montmartroise détourne le regard dans La Balançoire et relie la scène au quartier vécu.
Le groupe d’amis
Peintres, modèles et habitués donnent à l’œuvre sa crédibilité sans transformer la fête en portrait officiel.
La vie parisienne moderne
Du bal populaire à la loge de théâtre
Montmartre n’est qu’un chapitre d’une enquête plus vaste sur les loisirs contemporains. Renoir peint aussi les théâtres, les cafés, les promenades et les vêtements de sortie. Dans La Loge, la salle de spectacle devient un espace où l’on regarde autant le public que la scène.
Ces tableaux interrogent la visibilité sociale. Au Moulin de la Galette, chacun circule au milieu d’un groupe. Dans la loge, le couple est exposé face à la salle. Les vêtements, les accessoires et les positions du corps indiquent des rôles, mais Renoir évite généralement la satire mordante.
Son Paris moderne repose sur une forme d’empathie. Conversations, repas et danses sont reliés par des gestes et par une lumière enveloppante. L’unité du tableau devient l’équivalent pictural d’un groupe qui partage momentanément le même lieu.

Le Moulin
La rencontre passe par la musique, les couples et la circulation entre les tables.
Le jardin
Un espace plus intime où les attitudes et les silences deviennent lisibles.
Le théâtre
La loge transforme le spectateur en spectacle et la mode en langage social.
Carrière du tableau
De Montmartre au musée d’Orsay
Peinture sur place et en atelier
Renoir travaille au printemps et en été au Moulin, puis reprend probablement la toile rue Cortot et rue Saint-Georges.
Troisième exposition impressionniste
Le grand Bal et La Balançoire sont montrés avec les œuvres du groupe indépendant.
Acquisition par Caillebotte
Gustave Caillebotte achète les deux tableaux et protège ainsi des œuvres encore contestées.
Acceptation du legs
Le Bal entre dans les collections nationales grâce au legs Caillebotte, avant de rejoindre le musée d’Orsay en 1986.
Montmartre aujourd’hui
Retrouver l’échelle des lieux
Le musée de Montmartre et ses jardins permettent de relier les tableaux à la topographie de la rue Cortot. Le Moulin de la Galette, les rues Lepic et Girardon complètent cette lecture à pied.
12, rue Cortot
Le site conserve la mémoire des artistes ayant travaillé dans cette ancienne maison de la Butte.
Les Jardins Renoir
Leur composition actuelle évoque la palette du peintre et jouxte le jardin sauvage Saint-Vincent.
Rue Lepic et Girardon
Les rues permettent de comprendre la proximité entre atelier, moulins et lieux de fête.
Œuvres associées
Six tableaux pour prolonger Montmartre
Le bal, les jardins, la vue du quartier et les loisirs parisiens composent un ensemble cohérent autour des années 1870.

Bal du moulin de la Galette
Une foule, une lumière filtrée et toute l’ambition de la scène moderne.
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La Balançoire
Une conversation intime éclairée par les taches du soleil.
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Le Jardin de la rue Cortot
Le lieu de travail transformé en motif de lumière et de végétation.
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Vue de Montmartre
La Butte encore proche du village, avant l’urbanisation dense.
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Un jardin à Montmartre
Un autre équilibre entre feuillages, architecture et couleur.
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La Loge
Regarder, être vu et transformer le spectacle en scène sociale.
Découvrir →Sources
Approfondir Renoir à Montmartre
Notice du grand Bal
Date, dimensions, exposition de 1877, provenance Caillebotte et analyse de la scène moderne.
Musée d’Orsay →Analyse des 150 ans
Peinture sur place, point de vue surélevé, structure en trois plans et technique colorée.
Magazine du musée d’Orsay →La Balançoire
Modèles, lumière filtrée, travail parallèle au Bal et réception critique en 1877.
Musée d’Orsay →Les Jardins Renoir
Séjour rue Cortot, œuvres peintes sur place et histoire des jardins du musée de Montmartre.
Musée de Montmartre →Questions fréquentes
Renoir à Montmartre en huit réponses
Quand Renoir travaille-t-il rue Cortot ?
Renoir vit et travaille au 12, rue Cortot entre 1875 et 1876. Cet environnement est directement lié au Bal du moulin de la Galette, à La Balançoire et au Jardin de la rue Cortot.
Quand le Bal du moulin de la Galette a-t-il été peint ?
Le tableau est peint en majorité sur place au printemps et pendant l’été 1876, puis probablement repris en atelier pendant l’automne et l’hiver.
Où se trouve aujourd’hui le Bal du moulin de la Galette ?
Le tableau appartient aux collections du musée d’Orsay à Paris. Il y entre en 1986 après avoir été conservé au musée du Luxembourg, au Louvre et au Jeu de Paume.
Quelles sont les dimensions du tableau ?
L’huile sur toile mesure 131,5 × 176,5 cm. Son grand format donne à une scène de loisir populaire une ampleur exceptionnelle.
Qui sont les modèles de La Balançoire ?
Le musée d’Orsay identifie notamment Edmond Renoir, frère du peintre, Norbert Goeneutte et Jeanne, une jeune Montmartroise. Plusieurs apparaissent aussi dans le grand Bal.
Pourquoi la lumière paraît-elle tachetée ?
Renoir représente le soleil filtré par les feuillages. Des touches claires et colorées traversent vêtements, visages et sol sans suivre des contours rigides.
Le jardin de la rue Cortot existe-t-il encore ?
Les Jardins Renoir du musée de Montmartre commémorent le séjour du peintre et les œuvres réalisées dans cet environnement. Leur aménagement actuel s’inspire de sa palette.
Quand le tableau a-t-il été exposé par les impressionnistes ?
Le Bal du moulin de la Galette est présenté à la troisième exposition impressionniste en 1877, en même temps que La Balançoire.
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