Grand parcours · peinture ottomane et turque

Turcs & Ottomans

Cent huiles pour suivre la métamorphose d’un empire en nation moderne : de la peinture de cour aux ateliers d’Istanbul, du Bosphore impressionniste aux images fondatrices de la République.

100peintures à l’huile
5chapitres historiques
1699–1936deux siècles de peinture
Le Dresseur de tortues — Osman Hamdi Bey, 1906, huile sur toile
Icône de la modernité ottomaneLe Dresseur de tortues — Osman Hamdi Bey

À la fin du XVIIIe siècle, la peinture de chevalet entre durablement dans les ateliers ottomans. Les portraits de Kapıdağlı, les scènes diplomatiques de Van Mour et les artistes formés dans les écoles militaires ouvrent un langage où la cour, la rue et le paysage peuvent désormais partager la même toile.

Le XIXe siècle élargit considérablement ce monde. Osman Hamdi Bey fonde le Sanayi-i Nefise Mektebi, Şeker Ahmed Paşa fait du sous-bois et de la nature morte des sujets majeurs, tandis que des peintres turcs, arméniens, italiens, polonais et grecs donnent à Istanbul une histoire visuelle aussi cosmopolite que ses quais.

Autour de 1914, la lumière du Bosphore rencontre les expériences de Paris, Munich et Berlin. Puis les guerres et la République déplacent le regard vers le travail, le traumatisme, les villes d'Anatolie et une nouvelle mémoire nationale. Ces cent peintures racontent cette continuité mouvementée, où l'Empire ne disparaît pas du cadre : il change de lumière.

0110 œuvres

Icônes d’un empire en transition

Osman Hamdi Bey ouvre le parcours parce qu’il réunit archéologie, peinture et réflexion sur le regard. Ses figures ne sont pas des types pittoresques : elles habitent des espaces savamment construits où livres, faïences, tapis et architectures racontent un monde ottoman qui s’interroge sur sa propre image.

001Le Dresseur de tortues — Osman Hamdi Bey, 1906, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Le Dresseur de tortues

Date:  1906 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Peint en 1906, Le Dresseur de tortues montre un homme âgé penché sur quelques tortues dans une salle délabrée de la mosquée Verte de Bursa. Osman Hamdi Bey se serait lui-même prêté au personnage, armé d'une flûte et d'une patience manifestement mise à rude épreuve. L'image est souvent lue comme une satire des réformes ottomanes : instruire lentement un empire récalcitrant ressemble ici à dresser des tortues. Derrière l'ironie, le peintre décrit avec une précision d'archéologue les faïences, l'inscription et la lumière du monument.

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002Le Marchand d’armes — Osman Hamdi Bey, 1908, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Le Marchand d’armes

Date:  1908 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le Marchand d'armes appartient aux dernières grandes compositions d'Osman Hamdi Bey. Dans un intérieur chargé de faïences et d'objets anciens, deux hommes examinent des armes dont la présence renvoie autant au prestige qu'à la mémoire militaire ottomane. Le peintre évite l'étalage de bazar attendu par le public orientaliste européen : les objets sont regardés, pesés, presque étudiés. Cette attention correspond au double parcours de Hamdi, artiste formé à Paris et fondateur du Musée impérial d'Istanbul, pour qui peindre le passé revenait aussi à en organiser la sauvegarde.

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003Vieil homme devant les tombeaux d’enfants — Osman Hamdi Bey, 1903, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Vieil homme devant les tombeaux d’enfants

Date:  1903 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Un vieil homme se recueille devant de petites tombes coiffées de stèles, dans un cimetière que la lumière rend presque silencieux. Osman Hamdi Bey peint cette scène en 1903, à une époque où la mort de plusieurs proches assombrit son univers. Les tombeaux d'enfants donnent au sujet une gravité inhabituelle, sans geste théâtral ni consolation facile. Les inscriptions, les pierres et la végétation sont décrites avec soin, mais rien ne détourne du dos courbé du visiteur. L'histoire ottomane cesse ici d'être un décor savant : elle devient une expérience intime de la perte.

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004Deux musiciennes — Osman Hamdi Bey, 1880, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Deux musiciennes

Date:  1880 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Deux jeunes femmes sont assises dans un intérieur ottoman, chacune tenant un instrument. Réalisé en 1880, le tableau appartient aux premières recherches d'Osman Hamdi Bey sur la figure et les arts du quotidien. Les vêtements, le tambourin et le décor de faïences ne sont pas accumulés pour leur seule étrangeté : ils construisent un espace où les musiciennes occupent pleinement la scène. À rebours de nombreux harems fantasmés par les peintres occidentaux, Hamdi donne à ces femmes une activité, une concentration et une présence propre. La musique semble commencer dès que le spectateur accepte enfin de se taire.

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005Jeune fille récitant le Coran — Osman Hamdi Bey, 1880, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Jeune fille récitant le Coran

Date:  1880 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Cette lectrice peinte en 1880 est absorbée par le texte qu'elle tient entre ses mains. Osman Hamdi Bey reprend un thème fréquent de sa carrière, celui du savoir transmis dans un intérieur ancien, mais il confie ici la lecture à une jeune femme. Le choix est significatif dans l'Empire ottoman de la fin du XIXe siècle, où l'éducation féminine devient un enjeu de réforme. Le peintre associe la concentration du modèle à la richesse des tissus et des carreaux sans faire de ceux-ci un spectacle autonome. Le vrai centre du tableau reste l'acte de lire, discrètement révolutionnaire et beaucoup moins bruyant qu'une proclamation.

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006Jeune émir étudiant — Osman Hamdi Bey, 1905, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Jeune émir étudiant

Date:  1905 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Walker Art Gallery, Liverpool ·

À la Walker Art Gallery, ce jeune émir de 1905 étudie dans un intérieur dont chaque surface semble porter une mémoire. Osman Hamdi Bey construit la scène autour du livre ouvert, de la posture repliée et d'une architecture minutieusement observée. Le costume situe le personnage, mais son attention l'individualise : il n'est ni figurant exotique ni symbole vague de l'Orient. L'œuvre résume le projet du peintre, qui combine la technique académique acquise à Paris avec une connaissance directe des monuments et des usages ottomans. L'étude devient ainsi le véritable sujet, sans examen final ni surveillant à l'horizon.

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007L’Instruction coranique — Osman Hamdi Bey, 1890, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

L’Instruction coranique

Date:  1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans L'Instruction coranique, plusieurs figures se réunissent autour de la lecture dans un espace religieux. Osman Hamdi Bey peint moins une cérémonie spectaculaire qu'une chaîne de transmission : les corps sont disposés selon l'écoute, les livres et les regards. L'architecture ancienne, rendue avec une exactitude presque muséale, rappelle son travail de défense du patrimoine ottoman. Pourtant la scène n'est jamais figée comme une salle d'exposition. Elle montre comment un texte circule entre générations et comment un lieu prend sens par l'usage. Le silence y paraît studieux, mais certainement pas vide.

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008Marchand de tapis dans une rue d’Istanbul — Osman Hamdi Bey, 1888, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Marchand de tapis dans une rue d’Istanbul

Date:  1888 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le marchand de tapis de 1888 occupe une rue étroite où textiles, pierres et silhouettes organisent une profondeur très calculée. Osman Hamdi Bey connaissait parfaitement le goût européen pour les bazars orientaux, mais il en complique ici la lecture. Le vendeur n'est pas un accessoire pittoresque : son travail, les gestes de négociation et la densité urbaine structurent la scène. Les tapis attirent l'œil par leurs motifs, puis le regard revient vers les personnes qui les manipulent. Istanbul apparaît comme une ville de commerce et de savoir-faire, pas comme une réserve de souvenirs pour voyageurs pressés.

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009Théologien au Coran — Osman Hamdi Bey, 1902, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

Théologien au Coran

Date:  1902 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Kunsthistorisches Museum, Vienne ·

Le Théologien au Coran, daté de 1902, présente un homme plongé dans l'étude plutôt qu'un type religieux réduit à son costume. La précision des faïences, du pupitre et du manuscrit témoigne de la connaissance qu'Osman Hamdi Bey possédait des collections et des monuments. Directeur du Musée impérial, il avait fait de la protection des antiquités une mission publique ; dans sa peinture, les objets retrouvent leur fonction intellectuelle et spirituelle. La pose recueillie ralentit le regard et oblige à considérer le personnage comme un lecteur. Même les murs richement décorés semblent attendre qu'il termine sa page.

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010La Fontaine de jouvence — Osman Hamdi Bey, 1904, huile sur toile

Osman Hamdi Bey

La Fontaine de jouvence

Date:  1904 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Alte Nationalgalerie, Berlin ·

La Fontaine de jouvence transpose en 1904 un ancien thème de régénération dans un décor ottoman observé avec une grande précision. Autour de la fontaine, architecture, gestes et objets relient le récit légendaire à un lieu crédible. Osman Hamdi Bey ne cherche pas à illustrer un conte comme une vignette : il crée une scène ambiguë où la promesse de jeunesse dialogue avec le poids du temps inscrit dans les pierres. L'œuvre appartient à sa période de maturité, quand son activité de muséologue nourrit directement sa peinture. Le miracle reste incertain, mais la fontaine, elle, a reçu un excellent service de conservation picturale.

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0228 œuvres

Le palais, la rue et le Bosphore

Du cérémonial de Selim III aux quais animés de Galata, la peinture enregistre les hiérarchies de la cour autant que le rythme de la métropole. Van Mour, Kapıdağlı, Zonaro, Chlebowski et les peintres cosmopolites d’Istanbul montrent un empire traversé par les ambassades, les transports, les métiers et la modernisation.

011L’Intronisation de Selim III — Konstantin Kapıdağlı, 1789, huile sur toile

Konstantin Kapıdağlı

L’Intronisation de Selim III

Date:  1789 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Palais de Topkapı, Istanbul ·

L'intronisation de Selim III fixe le cérémonial de 1789 au moment où un nouveau sultan accède au pouvoir. Konstantin Kapıdağlı organise dignitaires, gardes et architecture selon une hiérarchie immédiatement lisible. Le tableau répond au désir de la cour de renouveler son image à l'époque des premières grandes réformes militaires et diplomatiques de Selim III. La perspective et le modelé venus de la peinture européenne se mêlent encore à une logique ottomane de représentation des rangs. La cérémonie célèbre donc un souverain, mais elle annonce aussi un empire qui expérimente prudemment de nouvelles manières de se montrer.

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012La Procession de Piotr Potocki — Konstantin Kapıdağlı, 1790, huile sur toile

Konstantin Kapıdağlı

La Procession de Piotr Potocki

Date:  1790 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée national de Varsovie ·

Piotr Potocki fut ambassadeur de la République des Deux Nations auprès de la Porte ottomane. Konstantin Kapıdağlı peint sa procession vers 1790 comme un déploiement diplomatique : chevaux, serviteurs, vêtements et rythme du cortège traduisent le statut du visiteur avant même qu'une parole soit échangée. La scène documente les codes de représentation entre Istanbul et Varsovie à la fin du XVIIIe siècle, période de relations politiques particulièrement tendues en Europe orientale. Le peintre transforme la rue en théâtre d'État, avec assez de mouvement pour rappeler que la diplomatie voyageait alors avec beaucoup de bagages.

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013Le Sultan Mustafa IV — Konstantin Kapıdağlı, vers 1808, huile sur toile

Konstantin Kapıdağlı

Le Sultan Mustafa IV

Date:  vers 1808 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Palais de Topkapı, Istanbul ·

Mustafa IV ne régna qu'un peu plus d'un an, de 1807 à 1808, dans une période de coups de force et de réactions contre les réformes de Selim III. Le portrait de Kapıdağlı le présente pourtant selon l'immobilité souveraine attendue : costume, turban et pose construisent une autorité que l'histoire rendra très brève. L'artiste adapte au cadre ottoman les effets de volume et d'individualisation de la peinture européenne sans abandonner la fonction dynastique de l'image. Le contraste entre la majesté peinte et la fragilité politique du règne donne aujourd'hui au tableau une tension que ses commanditaires n'avaient sans doute pas commandée.

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014Le Grand Vizir traversant l’Atmeydanı — Jean-Baptiste van Mour, 1727, huile sur toile

Jean-Baptiste van Mour

Le Grand Vizir traversant l’Atmeydanı

Date:  1727 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Rijksmuseum, Amsterdam ·

Installé à Istanbul dans l'entourage de l'ambassade de France, Jean-Baptiste van Mour observa pendant des décennies la cour ottomane. En 1727, il suit le grand vizir traversant l'Atmeydanı, l'ancien Hippodrome, avec son escorte. Les différences de coiffures, de montures et de rangs rendent la hiérarchie visible comme une procession réglée. Van Mour travaillait pour un public européen avide d'informations sur la Porte, mais ses longues années sur place donnent à la scène une précision rare. Ce n'est pas une fantaisie d'atelier : c'est la circulation du pouvoir dans une ville où même traverser une place pouvait devenir une affaire d'État.

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015Les Enfants de l’ambassadeur de France présentés au Grand Vizir — Jean-Baptiste van Mour, 1724, huile sur toile

Jean-Baptiste van Mour

Les Enfants de l’ambassadeur de France présentés au Grand Vizir

Date:  1724 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Rijksmuseum, Amsterdam ·

En 1724, les enfants de l'ambassadeur de France sont conduits devant le grand vizir. Van Mour enregistre la rencontre comme un épisode de diplomatie vécue, où l'étiquette décide de la position de chaque corps. Les jeunes visiteurs apportent une note inhabituelle dans un rituel d'adultes, tandis que vêtements et cadeaux matérialisent l'échange entre deux cours. Le tableau appartient à un ensemble de scènes ottomanes réuni par l'ambassadeur Cornelis Calkoen et aujourd'hui conservé au Rijksmuseum. Il montre que l'histoire internationale ne se jouait pas seulement dans les traités : elle commençait aussi par apprendre où se tenir.

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016Réception des envoyés de France par le Grand Vizir — Jean-Baptiste van Mour, 1699, huile sur toile

Jean-Baptiste van Mour

Réception des envoyés de France par le Grand Vizir

Date:  1699 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Rijksmuseum, Amsterdam ·

La réception des envoyés français par le grand vizir illustre l'un des grands sujets de Van Mour : la diplomatie comme spectacle réglé. Réalisée autour de la fin du XVIIe siècle, la scène distribue les participants de part et d'autre d'un axe qui rend l'autorité du vizir incontestable. Les ambassadeurs ne pénètrent pas dans un décor imaginaire, mais dans un protocole où chaque siège, geste et vêtement possède une signification. L'œuvre permet de comprendre comment les Européens présents à Istanbul observaient la Porte, entre curiosité, négociation et besoin de rapporter une image lisible à leurs commanditaires.

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017Mariage turc — Jean-Baptiste van Mour, vers 1720, huile sur toile

Jean-Baptiste van Mour

Mariage turc

Date:  vers 1720 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Rijksmuseum, Amsterdam ·

Mariage turc appartient aux scènes de mœurs que Van Mour peint pour des collectionneurs européens fascinés par la vie d'Istanbul. Vers 1720, il décrit une cérémonie collective où musiciens, invités et vêtements signalent les étapes du rituel. L'image n'échappe pas au regard extérieur de son auteur, mais elle bénéficie d'une observation prolongée, bien différente des reconstitutions fabriquées après un bref voyage. La foule est organisée sans perdre son animation, et les détails permettent d'identifier des rôles plutôt que de simples costumes. On y comprend qu'un mariage pouvait mobiliser autant de protocole que de joie, avec probablement moins de discrétion.

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018Le Sultan dans le harem — Jean-Baptiste van Mour, vers 1720, huile sur toile

Jean-Baptiste van Mour

Le Sultan dans le harem

Date:  vers 1720 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Rijksmuseum, Amsterdam ·

Dans Le Sultan dans le harem, Van Mour aborde l'espace le plus fantasmé par l'Europe du XVIIIe siècle. Il ne peint pourtant pas une débauche imaginaire : le souverain, les femmes et les serviteurs sont disposés selon une scène de cour soigneusement ordonnée. L'œuvre renseigne autant sur la curiosité occidentale que sur la réalité ottomane, car l'accès de l'artiste à cet univers était nécessairement indirect. Cette distance critique est essentielle : le tableau n'est pas une photographie du harem, mais une construction informée par Istanbul, les récits diplomatiques et les attentes de ses commanditaires.

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019Le Régiment de cavalerie Ertuğrul franchissant le pont de Galata — Fausto Zonaro, vers 1901, huile sur toile

Fausto Zonaro

Le Régiment de cavalerie Ertuğrul franchissant le pont de Galata

Date:  vers 1901 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le régiment Ertuğrul franchit le pont de Galata sous le pinceau rapide de Fausto Zonaro, peintre italien devenu artiste de cour d'Abdülhamid II. Vers 1901, cavaliers, piétons et architecture moderne condensent l'énergie d'une capitale en transformation. Le pont reliait la ville historique aux quartiers de Galata et Pera ; le passage de la troupe y associe puissance militaire et vie urbaine. Zonaro avait gagné la faveur du palais grâce à ses grandes scènes historiques, mais il conserve ici le sens du mouvement appris dans la rue. Les chevaux avancent avec plus d'assurance que bien des réformes administratives.

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020La Fille de l’ambassadeur d’Angleterre en palanquin — Fausto Zonaro, vers 1900, huile sur toile

Fausto Zonaro

La Fille de l’ambassadeur d’Angleterre en palanquin

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Cette jeune femme, identifiée comme la fille de l'ambassadeur britannique, traverse Istanbul en palanquin vers 1900. Zonaro place au centre ce moyen de transport porté, puis laisse les accompagnateurs et la rue préciser le contexte social. Le tableau croise plusieurs mondes : diplomatie européenne, usages ottomans et regard d'un peintre italien installé dans la capitale. La scène n'est pas héroïque, mais elle documente les déplacements privilégiés dans une métropole cosmopolite. Sa valeur tient justement à ce détail ordinaire, devenu révélateur des hiérarchies, des échanges et d'une ville où l'on pouvait voyager sans toucher le sol.

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021Jeune fille portant une citrouille — Fausto Zonaro, vers 1900, huile sur toile

Fausto Zonaro

Jeune fille portant une citrouille

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Une jeune fille marche en portant une grande citrouille, sujet modeste que Zonaro traite avec une attention réservée d'ordinaire aux scènes de cour. Peinte autour de 1900, l'œuvre appartient à son observation quotidienne d'Istanbul et de ses habitants. Le poids du fruit, la démarche et les vêtements donnent au personnage une réalité concrète ; rien ne l'oblige à jouer le rôle d'une figure pittoresque. Cette dignité du quotidien explique la place du tableau dans la collection du Musée Pera. Le peintre officiel savait donc quitter les cortèges impériaux pour regarder une commission beaucoup plus sérieuse : ramener le dîner.

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022Pêcheurs ramenant leurs prises — Fausto Zonaro, vers 1900, huile sur toile

Fausto Zonaro

Pêcheurs ramenant leurs prises

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Pêcheurs ramenant leurs prises saisit l'instant où l'effort collectif se concentre autour des filets et du poisson. Zonaro connaissait les quais d'Istanbul, qu'il parcourait et dessinait loin des cérémonies du palais. Il traduit ici le travail par des corps penchés, des gestes coordonnés et une matière picturale vive. Le Bosphore n'est plus seulement le paysage prestigieux des ambassades : il devient un milieu économique dont dépend la ville. La composition donne une ampleur presque historique à une tâche quotidienne, rappelant qu'avant d'être un magnifique motif bleu, le détroit était surtout un lieu où l'on gagnait sa vie.

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023Divertissement sur le caïque — Fausto Zonaro, vers 1900, huile sur toile

Fausto Zonaro

Divertissement sur le caïque

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Dans Divertissement sur le caïque, une embarcation légère devient un salon flottant sur les eaux d'Istanbul. Vers 1900, Zonaro observe un loisir urbain lié au Bosphore et à la Corne d'Or, où promenade, musique et sociabilité se mêlent. Les passagers sont réunis par la forme allongée du bateau, tandis que les reflets élargissent la scène. L'œuvre conserve le charme d'une sortie élégante sans oublier le travail du rameur qui la rend possible. Cette petite société en équilibre sur l'eau résume une capitale tournée vers ses rives, avec la prudence toute relative de personnes convaincues que les beaux vêtements savent nager.

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024Fête à Göksu — Fausto Zonaro, vers 1900, huile sur toile

Fausto Zonaro

Fête à Göksu

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Göksu, sur la rive asiatique du Bosphore, fut l'un des lieux de promenade favoris de la société ottomane. Zonaro y peint vers 1900 une fête où barques, groupes et végétation composent un paysage animé. La scène témoigne de nouvelles formes de loisirs urbains à la fin de l'Empire, lorsque les rives deviennent des espaces de rencontre entre anciennes habitudes et modernité métropolitaine. L'artiste ne choisit pas un héros unique : il fait de la foule et de son mouvement le véritable sujet. Istanbul se raconte ici par une journée de détente, activité historique souvent sous-estimée parce qu'elle produit moins d'archives que les batailles.

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025Le Fumeur de narguilé — Stanisław Chlebowski, 1877, huile sur toile

Stanisław Chlebowski

Le Fumeur de narguilé

Date:  1877 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée national de Cracovie ·

Peint en 1877, Le Fumeur de narguilé montre la manière dont Stanisław Chlebowski transforme une figure isolée en étude de caractère. L'artiste polonais avait travaillé plusieurs années à Istanbul pour le sultan Abdülaziz, notamment sur des scènes militaires. Ici, aucune bataille : le temps est suspendu autour de la pipe, du costume et d'un regard tourné vers l'intérieur. Le réalisme précis des étoffes témoigne de sa formation académique, mais la pose évite le simple inventaire orientaliste. La fumée, invisible ou presque, devient la mesure d'un temps lent que le spectateur est invité à partager.

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026À la porte de la ville — Stanisław Chlebowski, 1873, huile sur toile

Stanisław Chlebowski

À la porte de la ville

Date:  1873 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

À la porte de la ville place quelques figures au seuil d'une architecture massive. Chlebowski peint en 1873, durant la période où son expérience d'Istanbul nourrit des compositions destinées à la cour comme au marché européen. La porte n'est pas un simple cadre : elle marque le passage entre contrôle militaire, circulation commerciale et vie quotidienne. Les personnages restent petits face aux murs, ce qui donne au lieu le poids d'une histoire plus longue qu'eux. Le tableau rappelle que la ville ottomane se découvrait par ses accès, avec moins de panneaux indicateurs mais beaucoup plus de gardes.

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027Le Garde turc — Stanisław Chlebowski, 1880, huile sur toile

Stanisław Chlebowski

Le Garde turc

Date:  1880 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée national de Cracovie ·

Le Garde turc de 1880 est peint après le séjour de Chlebowski auprès d'Abdülaziz, mais conserve la mémoire directe des uniformes et des attitudes observés à Istanbul. L'homme ne charge ni ne parade ; il se tient dans une immobilité professionnelle qui laisse apparaître le poids de l'équipement. Le peintre oppose la précision du costume à un fond discret, donnant toute sa densité au visage et à la posture. L'œuvre rejoint ainsi la tradition du portrait militaire sans inventer une victoire. Elle montre celui qui attend, surveille et supporte probablement de longues heures dont les peintres d'histoire parlent rarement.

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028Le Gardien de la mosquée — Stanisław Chlebowski, vers 1870, huile sur toile

Stanisław Chlebowski

Le Gardien de la mosquée

Date:  vers 1870 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée national de Varsovie ·

Vers 1870, Chlebowski peint un gardien placé à l'entrée d'une mosquée. L'architecture sacrée, les tapis et la silhouette debout définissent une frontière entre l'espace public et l'intérieur. L'artiste, qui connaissait Istanbul de l'intérieur de la cour, évite l'agitation spectaculaire des scènes de bazar. Il s'intéresse au rôle concret du gardien et à la dignité d'une présence presque silencieuse. La lumière conduit vers la porte sans abolir la retenue du lieu. Le tableau raconte donc moins un monument qu'un usage : l'édifice existe aussi grâce à celui qui veille pendant que les visiteurs regardent ailleurs.

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029L’Heure de la prière — Stanisław Chlebowski, avant 1884, huile sur toile

Stanisław Chlebowski

L’Heure de la prière

Date:  avant 1884 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

L'Heure de la prière transforme un moment quotidien en scène de concentration collective. Chlebowski dispose les figures selon les gestes du rite, sans multiplier les effets dramatiques. Peinte avant sa mort en 1884, l'œuvre appartient à une carrière partagée entre Cracovie, Paris et plusieurs années au service du sultan Abdülaziz. Cette trajectoire explique la rencontre entre technique académique européenne et observation des pratiques ottomanes. Le tableau doit néanmoins être lu comme le regard d'un artiste étranger, attentif mais situé. Sa force vient du rythme des corps, qui rend visible une communauté sans interrompre son recueillement.

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030Sur la Corne d’Or — Leonardo de Mango, 1884, huile sur toile

Leonardo de Mango

Sur la Corne d’Or

Date:  1884 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Leonardo de Mango arrive à Istanbul en 1883 et y demeure presque jusqu'à sa mort. Sur la Corne d'Or, peint l'année suivante, appartient donc au premier regard d'un artiste qui allait faire de la ville son principal sujet. Les bateaux, les rives et la lumière du port ne forment pas une carte postale immobile : ils décrivent une zone de travail, de passage et de mélange social. L'Italien observe la capitale depuis l'eau, là où silhouettes modernes et monuments plus anciens se rencontrent. La Corne d'Or devient moins une ligne bleue qu'une rue liquide, avec un trafic déjà peu compatible avec la rêverie.

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031À la fontaine — Leonardo de Mango, 1918, huile sur toile

Leonardo de Mango

À la fontaine

Date:  1918 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

À la fontaine, daté de 1918, montre combien Leonardo de Mango avait appris à regarder Istanbul sur la durée. La fontaine publique rassemble architecture, eau et gestes ordinaires dans une composition sans héros officiel. Au moment où l'Empire traverse la guerre et l'occupation se rapproche, le peintre choisit une infrastructure humble qui continue de régler la vie du quartier. Les récipients et les attentes racontent une histoire sociale plus discrète que les événements militaires. Cette persistance donne au tableau sa gravité : les régimes changent, mais quelqu'un doit toujours remplir une cruche et patienter derrière la personne qui prend tout son temps.

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032Coucher de soleil sur la mer — Mıgırdiç Civanyan, vers 1900, huile sur toile

Mıgırdiç Civanyan

Coucher de soleil sur la mer

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Mıgırdiç Civanyan fait du coucher de soleil un événement urbain autant que naturel. Autour de 1900, la vapeur colorée du ciel se réfléchit sur une mer parcourue par les embarcations. Artiste arménien d'Istanbul, Civanyan appartient à une tradition cosmopolite qui a façonné la peinture ottomane tout en restant longtemps minorée dans les récits nationaux. Ses marines enregistrent l'arrivée des vapeurs, la transformation des rives et le goût d'une clientèle pour le Bosphore. Ici, le soleil ne gomme pas la modernité : il éclaire une ville où voile et moteur se croisent sans demander la priorité.

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033Le Yalı de Saïd Pacha — Mıgırdiç Civanyan, vers 1890, huile sur toile

Mıgırdiç Civanyan

Le Yalı de Saïd Pacha

Date:  vers 1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

Le yalı de Saïd Pacha est l'une des images les plus précises de Civanyan sur l'architecture résidentielle du Bosphore. Vers 1890, la demeure de bois se déploie au bord de l'eau, accessible autant par bateau que par la rive. Le peintre ne traite pas la maison comme un simple décor luxueux : il montre sa relation au détroit, aux reflets et à la circulation. Ces résidences étaient vulnérables aux incendies et aux transformations urbaines, ce qui donne au tableau une valeur documentaire supplémentaire. La peinture conserve un mode d'habiter où l'entrée principale pouvait très bien arriver avec des rames.

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034La Tour de Léandre — Mıgırdiç Civanyan, vers 1890, huile sur toile

Mıgırdiç Civanyan

La Tour de Léandre

Date:  vers 1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

La Tour de Léandre, posée sur son îlot à l'entrée sud du Bosphore, attire depuis des siècles légendes et peintres. Civanyan la représente vers 1890 au milieu d'une circulation maritime qui empêche le monument de devenir une relique isolée. L'artiste arménien d'Istanbul connaît les changements de lumière du détroit et utilise les reflets pour relier l'édifice aux rives. L'œuvre témoigne aussi du rôle croissant du paysage dans la peinture ottomane tardive. La tour reste minuscule face au ciel, mais elle gagne le concours du bâtiment le plus obstinément photogénique avant même l'invention des téléphones.

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035Vapeur sur le Bosphore — Mıgırdiç Civanyan, vers 1900, huile sur toile

Mıgırdiç Civanyan

Vapeur sur le Bosphore

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Vapeur sur le Bosphore, Civanyan inscrit la technologie moderne au cœur d'un paysage associé aux voiliers et aux palais. Autour de 1900, le navire à vapeur déplace fumée, passagers et marchandises entre les rives d'une métropole en expansion. Le peintre ne présente pas cette machine comme une intrusion ; elle appartient déjà au rythme du détroit. Les effets atmosphériques adoucissent la coque sans effacer sa puissance. L'histoire de la modernisation ottomane apparaît ainsi dans une scène ordinaire de transport, preuve que le progrès arrive parfois sans fanfare, mais rarement sans une bonne quantité de fumée.

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036Tempête en mer — Garabet Yazmaciyan, vers 1900, huile sur toile

Garabet Yazmaciyan

Tempête en mer

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Garabet Yazmaciyan peint la mer comme une force qui résiste à toute organisation humaine. Dans Tempête en mer, les vagues et le ciel dominent les embarcations, réduites à des signes fragiles. Artiste arménien actif à Istanbul, Yazmaciyan est surtout connu par des paysages urbains et maritimes où les effets lumineux deviennent dramatiques. Le tableau appartient à une culture visuelle du Bosphore qui ne célèbre pas seulement ses promenades élégantes : elle se souvient aussi de ses dangers. Les eaux qui relient les quartiers peuvent brusquement les séparer, et la météo se charge alors de rappeler qui commande réellement le détroit.

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037Le Phare de Fener — Garabet Yazmaciyan, vers 1900, huile sur toile

Garabet Yazmaciyan

Le Phare de Fener

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le phare de Fener signale l'un des points majeurs de la Corne d'Or, dans un quartier associé au Patriarcat grec orthodoxe. Yazmaciyan l'isole au bord de l'eau et transforme sa fonction pratique en motif de lumière. Autour de 1900, Istanbul combine encore repères anciens, trafic maritime et nouveaux équipements ; le phare appartient précisément à cette ville en transition. L'artiste arménien observe une topographie partagée par plusieurs communautés, sans réduire le paysage à une identité unique. La petite architecture guide les bateaux dans le tableau comme elle guidait les marins, ce qui est déjà beaucoup demander à quelques mètres de maçonnerie.

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038L’Incendie de Galata — Garabet Yazmaciyan, vers 1900, huile sur toile

Garabet Yazmaciyan

L’Incendie de Galata

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Les incendies furent une menace constante pour les quartiers d'Istanbul construits en bois. Dans L'Incendie de Galata, Yazmaciyan transforme cette réalité urbaine en affrontement de lumière : les flammes découpent les bâtiments et attirent une foule minuscule face au désastre. La scène n'est pas une catastrophe abstraite ; Galata était un quartier dense, commercial et cosmopolite où un feu pouvait détruire des vies, des ateliers et des archives en quelques heures. La peinture conserve ainsi la mémoire d'une ville régulièrement reconstruite. Son rouge spectaculaire est beau à regarder, ce qui reste l'une des contradictions les moins confortables de la peinture de catastrophe.

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0322 œuvres

Le paysage devient une école

À la fin du XIXe siècle, le paysage cesse d’être un simple fond. Şeker Ahmed Paşa, Halil Paşa, Hoca Ali Rıza et Nazmi Ziya Güran font de la forêt, des rives et de la lumière un laboratoire : le réel est observé, recomposé, puis libéré par la touche et la couleur.

039La Forêt — Şeker Ahmed Paşa, vers 1890, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

La Forêt

Date:  vers 1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Şeker Ahmed Paşa compte parmi les premiers peintres ottomans à avoir fait du paysage un sujet autonome. Dans La Forêt, vers 1890, les troncs rapprochés ferment presque l'horizon et obligent le regard à pénétrer lentement dans l'espace. Formé à Paris après une carrière militaire, l'artiste rapporte une technique occidentale qu'il adapte à une sensibilité particulière aux masses végétales. La forêt n'est ni décor de chasse ni symbole ajouté après coup : elle devient le protagoniste. Les arbres paraissent si présents qu'ils pourraient demander au visiteur de baisser la voix, privilège rarement accordé à un sous-bois.

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040Chevreuil dans la forêt — Şeker Ahmed Paşa, vers 1890, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

Chevreuil dans la forêt

Date:  vers 1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Chevreuil dans la forêt reprend un motif européen de peinture animalière, mais Şeker Ahmed Paşa lui donne une étrangeté spatiale très personnelle. L'animal apparaît au milieu d'un sous-bois dense où les troncs, les rochers et la lumière ne suivent pas toujours une perspective académique docile. Cette tension a fasciné les historiens de l'art, qui voient dans ses paysages bien davantage qu'un apprentissage occidental correctement appliqué. Le chevreuil devient le point fragile d'un univers végétal immense. Il ne pose pas pour le peintre : il semble avoir été surpris juste avant de disparaître, réaction parfaitement raisonnable en présence d'un humain muni d'un chevalet.

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041Fleurs — Şeker Ahmed Paşa, vers 1890, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

Fleurs

Date:  vers 1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Fleurs, Şeker Ahmed Paşa applique à un bouquet la même attention dense qu'à ses paysages. La disposition n'est pas strictement décorative : les tiges, les ombres et les différences de texture construisent une petite architecture naturelle. À la fin du XIXe siècle, la nature morte permet aux peintres ottomans formés à l'académie d'affirmer leur maîtrise du volume, de la couleur et de la lumière sans dépendre d'un récit historique. Le bouquet témoigne aussi du développement d'une culture d'exposition à Istanbul, à laquelle Şeker Ahmed contribua directement. Ces fleurs ne fanent plus, avantage déloyal mais très apprécié des musées.

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042Melon et fruits — Şeker Ahmed Paşa, vers 1900, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

Melon et fruits

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le melon ouvert et les fruits rassemblés sur la table offrent à Şeker Ahmed Paşa un exercice de matière : peau rugueuse, chair humide, surfaces lisses et ombres profondes. Vers 1900, la nature morte est devenue un terrain essentiel de la peinture ottomane moderne, où l'observation remplace la narration de cour. L'artiste, ancien officier formé à Paris, mesure ici sa technique à des objets familiers plutôt qu'à des symboles importés. Le melon coupé introduit une temporalité immédiate, car il faut le regarder avant qu'il ne se gâte. La peinture gagne ainsi une légère urgence, événement rare dans une corbeille de fruits.

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043Nature morte aux fruits — Şeker Ahmed Paşa, vers 1900, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

Nature morte aux fruits

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Cette Nature morte aux fruits organise l'abondance sans la transformer en catalogue. Şeker Ahmed Paşa rapproche les volumes, oppose les couleurs mûres au fond sombre et utilise la lumière pour faire circuler le regard. Le genre accompagne l'institutionnalisation de la peinture de chevalet dans l'Empire ottoman, notamment les premières expositions et l'enseignement artistique moderne. Derrière la simplicité du sujet se joue donc une ambition nouvelle : montrer que l'art peut naître de l'observation précise du quotidien. Les fruits n'illustrent ni bataille ni légende, mais ils exigent tout de même une stratégie de composition assez rigoureuse.

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044Nature morte aux coings — Şeker Ahmed Paşa, vers 1900, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

Nature morte aux coings

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Les coings, avec leur forme irrégulière et leur peau mate, conviennent particulièrement au regard de Şeker Ahmed Paşa. Au lieu d'en lisser les défauts, il utilise bosses, ombres et différences de maturité pour construire la présence des objets. Cette étude appartient au moment où les peintres ottomans font de la nature morte un genre à part entière, nourri par la formation académique mais lié aux produits et aux intérieurs locaux. Le tableau révèle une modernité sans manifeste : peindre ce qui est là, avec assez d'attention pour que le familier cesse d'être invisible. Les coings n'ont jamais demandé autant de considération.

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045Autoportrait — Şeker Ahmed Paşa, vers 1900, huile sur toile

Şeker Ahmed Paşa

Autoportrait

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Istanbul ·

Dans son Autoportrait, Şeker Ahmed Paşa se présente comme un artiste et un homme de son temps, non comme le simple officier que son titre pourrait laisser attendre. Le visage, la tenue et le regard direct affirment une identité professionnelle encore nouvelle dans l'Empire ottoman. Ahmed Ali avait étudié la peinture à Paris, organisé en 1873 l'une des premières expositions d'art à Istanbul et participé à l'introduction durable de la peinture de chevalet. L'autoportrait enregistre cette position de passeur. Il ne montre pas seulement à quoi ressemblait le peintre : il déclare calmement qu'un peintre ottoman mérite désormais sa propre image.

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046L’Embarcadère de Çengelköy — Halil Paşa, vers 1890, huile sur toile

Halil Paşa

L’Embarcadère de Çengelköy

Date:  vers 1890 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

L'Embarcadère de Çengelköy montre la rive asiatique du Bosphore à un moment où les transports maritimes reconfigurent la vie quotidienne d'Istanbul. Halil Paşa peint les bâtiments, les bateaux et la surface de l'eau avec une lumière mobile acquise en partie lors de sa formation parisienne. Le lieu n'est pas une vue monumentale : c'est un point de passage où habitants et marchandises changent de rive. Conservée au Musée Pera, l'œuvre rappelle que la modernité urbaine s'est construite autant par les embarcadères que par les grands édifices. Le bateau à l'heure demeure cependant une information que la toile garde prudemment pour elle.

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047Sainte-Sophie — Halil Paşa, vers 1900, huile sur toile

Halil Paşa

Sainte-Sophie

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Halil Paşa aborde Sainte-Sophie comme une masse historique inscrite dans la ville vécue. Vers 1900, l'édifice est encore une mosquée impériale, portant déjà les traces de sa longue histoire byzantine et ottomane. Plutôt que d'en détailler chaque mosaïque, le peintre l'intègre à l'atmosphère, aux constructions voisines et à la lumière d'Istanbul. Ce choix rapproche le monument du paysage moderne : Sainte-Sophie n'est plus seulement l'emblème d'un règne, mais une présence quotidienne. Sa silhouette domine sans écraser la scène, prouesse architecturale que plusieurs urbanistes auraient probablement aimé reproduire.

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048Vue d’Istanbul — Halil Paşa, vers 1900, huile sur toile

Halil Paşa

Vue d’Istanbul

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Vue d'Istanbul, Halil Paşa construit la ville par plans de lumière plutôt que par inventaire de monuments. Formé à Paris et associé aux débuts de l'impressionnisme turc, il rapporte une touche plus libre qu'il adapte au climat du Bosphore. Les silhouettes architecturales servent de repères, mais l'atmosphère relie l'ensemble. Autour de 1900, cette manière de peindre accompagne un changement profond : Istanbul devient un sujet moderne observé depuis ses rues et ses rives, non seulement la capitale représentée par ses cérémonies. La ville cesse de poser et commence enfin à respirer.

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049La Jeune Peintre dans son atelier — Halil Paşa, vers 1900, huile sur toile

Halil Paşa

La Jeune Peintre dans son atelier

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

La Jeune Peintre dans son atelier met au centre une femme occupée à créer, sujet remarquable dans la société ottomane de la fin du XIXe siècle. Halil Paşa ne la présente ni comme muse ni comme modèle : elle tient les outils et organise son propre regard. L'atelier, les tableaux et la lumière décrivent l'émergence d'une pratique artistique féminine encore limitée par l'accès aux institutions. L'œuvre annonce les carrières de Müfide Kadri et de Mihri Müşfik, qui feront de cette possibilité une réalité publique. Le titre paraît simple, mais l'inversion des rôles est nette : ici, c'est elle qui regarde et le monde qui doit rester en place.

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050Madame X — Halil Paşa, vers 1889, huile sur toile

Halil Paşa

Madame X

Date:  vers 1889 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Madame X appartient aux portraits où Halil Paşa mesure sa formation académique à une présence individuelle. Vers 1889, la tenue, la pose et le fond contrôlé situent le modèle dans une culture urbaine ouverte aux codes européens sans effacer son contexte ottoman. Le peintre évite les accessoires narratifs trop bavards et concentre l'attention sur le visage, la silhouette et la qualité des noirs. Le titre conserve l'anonymat de la femme, ce qui rappelle les limites de nombreuses archives artistiques. Son identité nous échappe, mais le tableau refuse qu'elle devienne pour autant une figure insignifiante.

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051L’Appel du muezzin — Halil Paşa, vers 1900, huile sur toile

Halil Paşa

L’Appel du muezzin

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

L'Appel du muezzin associe architecture et voix sans tenter de peindre littéralement le son. Halil Paşa place la figure en hauteur, dans un espace où la ville devient l'auditoire invisible. Vers 1900, le sujet relie une pratique quotidienne ancienne à une facture picturale moderne, attentive aux effets d'air et de lumière. Le minaret n'est pas traité comme un accessoire pittoresque : il remplit sa fonction, rythme la journée et relie des quartiers entiers par l'écoute. La toile rappelle ainsi qu'un paysage urbain ne se compose pas seulement de ce que l'on voit, détail que la peinture accepte ici avec élégance.

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052La Tour de Léandre — Hoca Ali Rıza, vers 1900, huile sur toile

Hoca Ali Rıza

La Tour de Léandre

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Hoca Ali Rıza a dessiné et peint sans relâche la rive asiatique d'Istanbul, particulièrement Üsküdar. Sa Tour de Léandre n'est donc pas une vue occasionnelle destinée aux voyageurs, mais un motif familier observé sous des lumières changeantes. Vers 1900, l'îlot sert de point fixe tandis que barques, eau et ciel organisent le mouvement. Professeur dans les écoles militaires, l'artiste transmit à plusieurs générations une pratique directe du paysage. La tour devient sous son pinceau un voisin obstiné : toujours au même endroit, jamais tout à fait identique, et rarement disposé à rater une belle lumière.

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053La Tour de Léandre au couchant — Hoca Ali Rıza, 1894, huile sur toile

Hoca Ali Rıza

La Tour de Léandre au couchant

Date:  1894 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Datée de 1894, La Tour de Léandre au couchant étudie le moment où les formes perdent leurs détails mais gagnent en intensité. Hoca Ali Rıza place la silhouette de la tour entre les couleurs du ciel et leurs reflets sur le Bosphore. Le sujet célèbre est volontairement réduit, presque absorbé par l'atmosphère. Cette économie distingue son approche des panoramas monumentaux : le peintre cherche moins à décrire Istanbul qu'à retenir une heure précise. L'œuvre montre aussi comment l'aquarelle et l'huile turques ont fait du paysage un laboratoire sensible, avec le soleil pour collaborateur ponctuel et notoirement peu patient.

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054La Tour de Léandre depuis Üsküdar — Hoca Ali Rıza, 1904, huile sur toile

Hoca Ali Rıza

La Tour de Léandre depuis Üsküdar

Date:  1904 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Depuis Üsküdar, Hoca Ali Rıza regarde en 1904 la Tour de Léandre comme un élément de la vie locale. La distance situe clairement l'îlot par rapport à la rive, aux embarcations et aux collines d'Istanbul. Contrairement aux vues fabriquées pour un public étranger, cette peinture naît d'une fréquentation quotidienne du site. L'artiste connaissait les changements du quartier, les heures du trafic et les variations météorologiques du détroit. La tour possède donc une géographie, pas seulement une légende. Elle sert de mesure stable à un paysage qui, tout autour, change avec une constance presque professionnelle.

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055Paysage — Hoca Ali Rıza, 1898, huile sur toile

Hoca Ali Rıza

Paysage

Date:  1898 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Ce Paysage de 1898 résume la méthode de Hoca Ali Rıza : partir d'un site réel, simplifier les formes et laisser l'atmosphère unir les plans. Le peintre travaillait souvent sur le motif et encourageait ses élèves à observer directement la nature plutôt qu'à répéter des modèles d'atelier. Les maisons, les arbres ou le relief ne cherchent pas l'effet spectaculaire ; ils décrivent un environnement habité et proche. Cette attention aux périphéries d'Istanbul constitue aujourd'hui une archive précieuse de lieux transformés. Le tableau ne crie pas pour être historique, ce qui est peut-être sa manière la plus efficace de le devenir.

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056La Mosquée Nusretiye à Tophane — Nazmi Ziya Güran, 1928, huile sur toile

Nazmi Ziya Güran

La Mosquée Nusretiye à Tophane

Date:  1928 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Nazmi Ziya Güran peint en 1928 la mosquée Nusretiye, édifice du XIXe siècle dressé à Tophane près du Bosphore. Associé à la génération de 1914, il fragmente la lumière en touches colorées et fait vibrer les façades au lieu d'en donner un relevé froid. Le monument commandé par Mahmud II porte la mémoire des réformes ottomanes, tandis que la peinture appartient déjà à la jeune République. Cette superposition d'époques donne au tableau sa profondeur : un peintre moderne regarde un symbole impérial dans une ville qui change de régime sans changer de soleil.

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057Paysage — Nazmi Ziya Güran, 1934, huile sur toile

Nazmi Ziya Güran

Paysage

Date:  1934 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Dans ce Paysage de 1934, Nazmi Ziya Güran poursuit jusqu'à la fin de sa vie une recherche commencée après son séjour parisien. Il avait vu l'impressionnisme, mais n'en fit jamais une recette importée : sa touche s'adapte à la lumière plus dure d'Istanbul et aux rythmes de ses jardins et de ses rives. Les couleurs juxtaposées construisent l'espace sans le figer. L'œuvre appartient à une République qui veut inscrire la peinture dans ses institutions modernes, mais elle reste d'abord une expérience sensible du lieu. Le paysage change sous les yeux, sans attendre que la théorie ait fini sa phrase.

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058Navires dans le port — Nazmi Ziya Güran, vers 1920, huile sur toile

Nazmi Ziya Güran

Navires dans le port

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Navires dans le port fait de l'activité maritime un jeu de masses, de fumées et de reflets. Vers 1920, Nazmi Ziya Güran observe un port où vapeur et voile continuent de cohabiter, signe d'une modernisation inégale mais visible. Les bateaux ne sont pas alignés comme des objets techniques : ils découpent l'eau et donnent son rythme à la composition. La touche vive transforme le travail du port en événement lumineux sans l'effacer. Cette alliance entre industrie et atmosphère caractérise une modernité picturale qui accepte les cheminées, pourvu qu'elles contribuent un peu à la couleur du ciel.

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059Promenade à Göksu — Nazmi Ziya Güran, vers 1925, huile sur toile

Nazmi Ziya Güran

Promenade à Göksu

Date:  vers 1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Istanbul ·

Göksu reste dans les années 1920 un lieu de promenade chargé de souvenirs ottomans. Nazmi Ziya Güran le peint cependant avec une touche moderne qui dissout les contours et privilégie la lumière mobile. Les promeneurs participent au paysage plutôt qu'ils ne posent devant lui, et l'eau relie les groupes au feuillage. L'œuvre conserve la mémoire d'une sociabilité des rives au moment où la République redéfinit les habitudes publiques. Rien n'y ressemble à une rupture brutale : les loisirs changent de vêtements plus vite que de plaisir, et une belle journée continue d'exiger très peu d'explications.

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060Femme en rose sur une chaise longue — Nazmi Ziya Güran, vers 1920, huile sur toile

Nazmi Ziya Güran

Femme en rose sur une chaise longue

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée Pera, Istanbul ·

La femme en rose étendue sur une chaise longue permet à Nazmi Ziya Güran de porter sa recherche de lumière vers la figure. Autour de 1920, le rose du vêtement devient un foyer chromatique que les tons environnants modulent. Le modèle n'est pas enfermé dans un portrait officiel : sa pose relâchée appartient à un espace privé, moderne et presque instantané. Le tableau témoigne aussi de l'évolution des représentations féminines dans la peinture turque, loin des types de harem fabriqués pour l'Occident. Ici, la femme se repose sans fournir d'alibi narratif, privilège pictural aussi simple qu'historiquement appréciable.

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0418 œuvres

Ateliers, visages et vie quotidienne

La modernité se lit aussi dans les intérieurs, les portraits et les loisirs. Müfide Kadri, Mihri Müşfik, Abdülmecid II, Şevket Dağ et Sarkis Diranian déplacent l’attention vers l’individu, l’activité intellectuelle, le rôle des femmes et la transformation des espaces privés.

061Femmes jouant du oud en plein air — Müfide Kadri, 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Femmes jouant du oud en plein air

Date:  1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Istanbul ·

Peinte en 1910, cette scène de Müfide Kadri réunit des femmes jouant du oud en plein air. L'artiste fut l'une des premières peintres professionnelles ottomanes et enseigna notamment à des membres de la famille impériale, malgré une vie interrompue à vingt-deux ans. La musique, le jardin et les vêtements construisent une sociabilité féminine active, très différente des harems passifs de l'imaginaire orientaliste. Chaque instrument suppose apprentissage et écoute. L'œuvre affirme donc discrètement plusieurs compétences à la fois : peindre, jouer, se réunir et occuper le paysage sans attendre qu'un homme fournisse le sujet.

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062Femme lisant — Müfide Kadri, vers 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Femme lisant

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Femme lisant, Müfide Kadri choisit l'une des images les plus significatives de la modernité ottomane : une femme seule avec un livre. Vers 1910, l'éducation féminine progresse mais reste un enjeu social majeur. La lectrice n'est pas surprise ni mise en scène pour le spectateur ; son attention forme une barrière calme. Kadri, elle-même peintre et enseignante, savait ce que représentait l'accès au savoir dans une carrière féminine encore exceptionnelle. Le tableau transforme ainsi une occupation silencieuse en affirmation d'autonomie. Le livre ne sert pas d'accessoire savant : il a manifestement gagné toute la conversation.

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063Paysage — Müfide Kadri, vers 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Paysage

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Ce Paysage montre un versant moins connu de Müfide Kadri, souvent associée aux figures féminines. Vers 1910, elle organise arbres, relief et lumière avec une liberté qui témoigne de l'élargissement de la formation artistique offerte aux femmes de l'élite ottomane. Le site n'est pas identifié comme un monument obligatoire ; cette absence permet à la peinture de se concentrer sur les rapports de couleur et de profondeur. L'œuvre rappelle que Kadri cherchait une carrière complète, et non une spécialité jugée convenable. Sa mort précoce rend ces expériences d'autant plus précieuses : chacune ouvre une direction qu'elle n'a pas eu le temps d'épuiser.

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064Nature morte — Müfide Kadri, vers 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Nature morte

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

La Nature morte de Müfide Kadri rassemble des objets familiers dans un exercice de volume, de texture et d'équilibre. Vers 1910, ce genre occupe une place importante dans l'apprentissage académique, mais il offre aussi aux femmes artistes un territoire moins surveillé que la grande peinture d'histoire. Kadri dépasse l'étude scolaire en donnant aux objets une relation propre, réglée par les ombres et les couleurs. La simplicité du sujet rend visible son métier de peintre, alors que sa courte carrière fut longtemps racontée surtout comme une exception biographique. Ici, les objets ont la bonne idée de laisser parler la technique.

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065Couple sur la promenade — Müfide Kadri, vers 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Couple sur la promenade

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Couple sur la promenade appartient aux scènes où Müfide Kadri observe les nouvelles manières d'être ensemble dans l'espace public ottoman. Vers 1910, les deux figures avancent dans un paysage qui n'est ni jardin de harem ni décor théâtral. La promenade implique choix, mobilité et regard partagé ; elle traduit une modernité sociale plus discrète que les grandes réformes politiques. Kadri peint la relation par la distance entre les corps et le rythme de la marche, sans transformer les personnages en illustration sentimentale. Le couple se déplace, ce qui lui évite au moins l'épreuve historiquement redoutable de poser pendant des heures.

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066Amoureux sur la plage — Müfide Kadri, vers 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Amoureux sur la plage

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Amoureux sur la plage, Müfide Kadri place l'intimité face à un espace ouvert. La mer élargit la composition tandis que les deux figures forment un noyau distinct, absorbé par sa propre conversation. Autour de 1910, cette représentation d'un couple hors des cadres familiaux ou cérémoniels témoigne de nouveaux sujets dans la peinture ottomane. Kadri ne cherche ni scandale ni leçon morale : elle observe comment une relation modifie la perception du lieu. La plage n'est plus seulement un paysage, mais une distance offerte aux personnages. On ignore ce qu'ils se disent, ce qui reste probablement la meilleure décision éditoriale du tableau.

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067Vue d’Istanbul sur le Bosphore — Müfide Kadri, vers 1910, huile sur toile

Müfide Kadri

Vue d’Istanbul sur le Bosphore

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Cette vue du Bosphore permet à Müfide Kadri d'inscrire son travail dans la grande tradition paysagère d'Istanbul tout en conservant une voix personnelle. Les rives et l'eau ne servent pas d'arrière-plan à un récit exotique : elles deviennent un système de lumière, de distances et de circulations. Vers 1910, le détroit est déjà parcouru par une modernité technique et sociale rapide. La peintre en retient moins les machines que l'expérience visuelle. L'œuvre complète ses scènes de lecture et de musique : son univers féminin ne se limite jamais à l'intérieur, il regarde aussi la ville entière depuis ses rives.

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068Portrait de Thomas Edison — Mihri Müşfik, vers 1920, huile sur toile

Mihri Müşfik

Portrait de Thomas Edison

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Mihri Müşfik rencontre Thomas Edison aux États-Unis et réalise son portrait, généralement daté des années 1920. La rencontre réunit une pionnière de l'enseignement artistique féminin ottoman et l'inventeur devenu symbole mondial de la technologie moderne. Plutôt que de l'entourer de machines, Mihri concentre l'attention sur le visage et l'autorité du modèle. L'œuvre témoigne de sa carrière internationale, menée entre Istanbul, Rome et New York après avoir contribué à fonder l'École des beaux-arts pour jeunes filles. Le portrait est donc aussi celui d'une artiste capable d'entrer dans les réseaux modernes sans demander la permission au récit national.

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069Goethe au harem — Abdülmecid II, 1918, huile sur toile

Abdülmecid II

Goethe au harem

Date:  1918 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Istanbul ·

Goethe au harem est peint en 1918 par Abdülmecid II, dernier calife ottoman et artiste cultivé. Une femme lit Goethe dans un intérieur impérial, entourée d'instruments et de livres. Le titre inverse délibérément le cliché du harem oisif : ce lieu devient un espace de lecture, de musique et d'échanges avec la culture européenne. À la fin d'un empire épuisé par la guerre, la toile formule un idéal cosmopolite que l'histoire politique va bientôt interrompre. Son humour discret tient au visiteur absent : Goethe n'est présent que par ses pages, mais il occupe manifestement une excellente place dans la pièce.

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070Portrait de Hanzade Sultan — Abdülmecid II, 1936, huile sur toile

Abdülmecid II

Portrait de Hanzade Sultan

Date:  1936 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Abdülmecid II peint en 1936 sa petite-fille Hanzade Sultan, née après l'abolition du sultanat et élevée en exil. Le portrait porte donc la mémoire d'une dynastie qui n'exerce plus le pouvoir. L'artiste ne reconstitue pas une cérémonie impériale ; il regarde une jeune femme appartenant à une famille désormais dispersée entre plusieurs pays. La pose et le costume conservent une dignité officielle, mais la relation familiale adoucit l'image. Le tableau fait du portrait dynastique une archive intime de l'après-Empire, quand les titres subsistent dans les noms mais que les palais ont cessé d'organiser la journée.

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071Jeune femme au bain — Sarkis Diranian, vers 1900, huile sur toile

Sarkis Diranian

Jeune femme au bain

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection particulière ·

Sarkis Diranian peint cette jeune femme au bain avec une technique lisse acquise entre Istanbul et Paris. Artiste arménien né dans l'Empire ottoman, il étudia à l'École des beaux-arts de Paris et exposa au Salon. Vers 1900, le sujet du bain appartient à une longue tradition académique européenne qui transforme souvent le corps féminin en spectacle. Diranian privilégie toutefois le modelé, la lumière et une présence individualisée plutôt qu'un décor oriental surchargé. L'œuvre témoigne ainsi d'une carrière transnationale, difficile à enfermer dans une seule école et beaucoup plus intéressante dès qu'on cesse d'essayer.

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072Dame assise à l’heure du thé — Sarkis Diranian, vers 1900, huile sur toile

Sarkis Diranian

Dame assise à l’heure du thé

Date:  vers 1900 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection particulière ·

Dame assise à l'heure du thé transpose un rituel de sociabilité moderne dans un portrait élégant. Diranian construit la figure par les étoffes, la pose et la lumière intérieure, sans exiger d'elle une action spectaculaire. Le thé situe une pause domestique où les codes ottomans et européens se croisent naturellement. Pour un artiste arménien formé à Paris, ce mélange n'est pas une contradiction mais un milieu vécu. Le tableau conserve la grâce académique attendue des salons tout en documentant un moment ordinaire de confort urbain. La tasse, heureusement, n'a pas eu besoin de rester chaude pendant toute la séance.

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073Au hammam — Sarkis Diranian, 1898, huile sur toile

Sarkis Diranian

Au hammam

Date:  1898 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection particulière ·

Au hammam, daté de 1898, aborde un sujet très chargé par l'orientalisme européen. Diranian connaît ces attentes, lui qui travaille entre l'Empire ottoman et Paris, mais il organise la scène autour des corps, de la vapeur et de la lumière plutôt que d'un inventaire de fantasmes. Le hammam est à la fois lieu d'hygiène, de sociabilité et de rituel ; la peinture en retient l'atmosphère close. Il faut néanmoins garder en tête le cadre académique masculin dans lequel l'œuvre fut produite et regardée. Sa beauté n'annule pas cette histoire : elle oblige plutôt à voir les deux en même temps.

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074Intérieur de Rumeli Hisarı — Şevket Dağ, vers 1910, huile sur toile

Şevket Dağ

Intérieur de Rumeli Hisarı

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Şevket Dağ fait de Rumeli Hisarı, forteresse construite par Mehmed II avant la prise de Constantinople, un espace intérieur traversé par la lumière. Vers 1910, il s'éloigne des vues panoramiques du monument pour étudier les murs, les passages et leur vieillissement. Le peintre est surtout célèbre pour ses intérieurs architecturaux, où la matière de la pierre compte autant que le sujet historique. La forteresse cesse d'être un symbole militaire abstrait : elle devient un lieu que le temps a creusé, habité par des ombres plus patientes que les armées.

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075Le Repos — Şevket Dağ, vers 1910, huile sur toile

Şevket Dağ

Le Repos

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le Repos montre la capacité de Şevket Dağ à introduire une figure dans l'architecture sans réduire celle-ci à un décor. Le personnage assis donne l'échelle, mais aussi une durée : le lieu est parcouru, utilisé, momentanément habité. Autour de 1910, Dağ enseigne et participe à la génération qui installe durablement la peinture moderne dans les institutions ottomanes puis républicaines. Ses intérieurs privilégient la lumière réfléchie, les tapis, les murs et les volumes silencieux. Ici, le repos devient une manière de mesurer l'espace, ce qui fournit une excellente justification historique à toute pause prolongée.

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076Intérieur de Sainte-Sophie — Şevket Dağ, vers 1910, huile sur toile

Şevket Dağ

Intérieur de Sainte-Sophie

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans l'intérieur de Sainte-Sophie, Şevket Dağ peint moins la célèbre coupole que l'expérience d'être sous elle. Les piliers, les tapis, les lampes et les figures minuscules traduisent l'échelle monumentale de l'ancienne basilique devenue mosquée. Vers 1910, l'édifice concentre plusieurs siècles d'histoire, mais Dağ évite la démonstration archéologique : la lumière relie les surfaces et les usages présents. Son tableau conserve ainsi la mémoire d'un espace cultuel vivant avant sa transformation en musée en 1935. L'architecture paraît immobile, mais chaque rayon rappelle qu'elle change d'apparence toute la journée.

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077Intérieur de mosquée — Şevket Dağ, vers 1920, huile sur toile

Şevket Dağ

Intérieur de mosquée

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Şevket Dağ a consacré une grande partie de sa carrière aux intérieurs de mosquées d'Istanbul. Dans cette toile des années 1920, voûtes, tapis et lumière construisent une perspective à la fois précise et enveloppante. Les fidèles ou visiteurs ne dominent pas la scène ; ils donnent au monument son échelle humaine et sa fonction. Peindre ces lieux au moment du passage de l'Empire à la République revient aussi à préserver une mémoire visuelle menacée par les transformations urbaines. Dağ ne momifie pourtant rien : son intérieur respire, accueille et prouve qu'une salle silencieuse peut contenir beaucoup d'histoire sans l'afficher en majuscules.

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078Nature morte aux oranges — Süleyman Seyyid, 1904, huile sur toile

Süleyman Seyyid

Nature morte aux oranges

Date:  1904 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Süleyman Seyyid peint en 1904 des oranges dont la couleur éclate sur un fond plus retenu. Ancien élève de l'École militaire puis formé à Paris, il fut l'un des grands artisans de la nature morte ottomane. Son observation refuse l'arrangement trop parfait : poids, peau, feuilles et ombres donnent aux fruits une présence presque tactile. Le genre, longtemps considéré comme mineur, lui permet d'expérimenter librement la couleur et la lumière tout en formant de nouveaux peintres. Ces oranges ne racontent pas une victoire impériale, mais elles ont survécu à bien davantage de changements de régime que la plupart des ministres.

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0522 œuvres

Guerres, République et modernités

Les guerres balkaniques, la Première Guerre mondiale et la naissance de la République modifient les sujets comme les formes. Namık İsmail, Sami Yetik, Avni Lifij, Mehmet Ruhi Arel et Hale Asaf passent du témoignage historique à une peinture plus synthétique, construite par la matière, l’aplat et l’intensité psychologique.

079Le Jour noir — Hüseyin Avni Lifij, 1923, huile sur toile

Hüseyin Avni Lifij

Le Jour noir

Date:  1923 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Le Jour noir répond aux violences commises contre les civils turcs pendant la guerre gréco-turque. Peint en 1923, le tableau de Hüseyin Avni Lifij montre une femme morte près d'une maison détruite, sous un ciel qui refuse toute consolation. L'artiste ne célèbre ni charge héroïque ni uniforme : il place les victimes et les ruines au centre de la mémoire nationale. Réalisée l'année de la fondation de la République, l'œuvre transforme le traumatisme récent en image durable. Sa force vient de cette retenue funèbre ; aucun drapeau n'est nécessaire pour comprendre ce que la guerre a laissé derrière elle.

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080Portrait de Harika Lifij — Hüseyin Avni Lifij, vers 1910, huile sur toile

Hüseyin Avni Lifij

Portrait de Harika Lifij

Date:  vers 1910 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Harika Lifij fut l'épouse et l'un des modèles les plus proches de Hüseyin Avni Lifij. Dans ce portrait intime, réalisé vers 1910, le peintre privilégie le visage, la douceur de la lumière et une présence psychologique éloignée de ses grandes allégories. Lifij, formé à Paris, avait assimilé le symbolisme et la peinture académique, mais il les adapte ici à une relation personnelle. Le tableau permet de voir ce que les œuvres historiques masquent souvent : derrière les manifestes d'une génération se trouvent des ateliers, des couples et des séances silencieuses. Harika ne représente pas une idée ; elle existe avant elle.

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081Mosquée au clair de lune — Namık İsmail, 1925, huile sur toile

Namık İsmail

Mosquée au clair de lune

Date:  1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Mosquée au clair de lune montre Namık İsmail dans un registre nocturne où l'architecture devient presque une apparition. Peinte en 1925, deux ans après la naissance de la République, la toile conserve la silhouette d'un paysage religieux ottoman dans un langage pictural moderne. Les masses sombres sont équilibrées par la lune et ses reflets, qui simplifient le monument sans l'effacer. L'artiste, ancien peintre de guerre formé en France et en Allemagne, sait donner à la nuit une densité matérielle. La ville paraît calme, mais la lune travaille manifestement en équipe de nuit.

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082Yalı au clair de lune — Namık İsmail, 1922, huile sur toile

Namık İsmail

Yalı au clair de lune

Date:  1922 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Dans Yalı au clair de lune, daté de 1922, Namık İsmail regarde les demeures du Bosphore à la veille de la disparition officielle de l'Empire ottoman. Les façades de bois et l'eau sont réunies par une lumière froide qui transforme un motif familier en souvenir presque fragile. Le tableau ne proclame pas la fin d'un monde, mais sa date rend cette lecture difficile à éviter. Les yalı, menacés par les incendies et les réaménagements, deviennent les acteurs silencieux d'une transition politique. Leur reflet semble plus stable que leur avenir, ce qui est une excellente définition involontaire de l'année 1922.

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083Quand la patrie commande — Namık İsmail, 1933, huile sur toile

Namık İsmail

Quand la patrie commande

Date:  1933 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Quand la patrie commande, peint en 1933, appartient aux grandes images patriotiques de Namık İsmail. L'œuvre traduit l'appel collectif par des corps orientés, des gestes et une composition conçue pour être comprise immédiatement. Dix ans après la fondation de la République, cette peinture participe à la construction d'une mémoire nationale où mobilisation et sacrifice sont présentés comme des valeurs communes. Son langage monumental vient de l'expérience de l'artiste comme peintre de guerre. Il faut la regarder à la fois comme œuvre et comme image politique : son efficacité visuelle est précisément ce qui rend nécessaire cette double lecture.

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084Typhus — Namık İsmail, 1917, huile sur toile

Namık İsmail

Typhus

Date:  1917 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Typhus est réalisé en 1917, lorsque Namık İsmail sert comme peintre de guerre pendant le premier conflit mondial. Plutôt qu'une bataille, il choisit la maladie qui frappe les soldats et les populations loin des images héroïques. Les corps épuisés, l'espace fermé et la palette sourde rendent visible une guerre menée contre un ennemi sans uniforme. L'œuvre appartient à une mission officielle, mais son sujet résiste à la glorification : il documente la vulnérabilité et l'insuffisance des soins. Dans l'histoire de la peinture militaire ottomane, cette chambre vaut autant qu'un champ de bataille, et probablement davantage pour comprendre le coût réel du conflit.

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085Hommes sur le pont — Namık İsmail, vers 1920, huile sur toile

Namık İsmail

Hommes sur le pont

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Hommes sur le pont observe un groupe réuni sur le pont d'un navire, motif lié aux voyages et à l'expérience maritime de l'après-guerre. Namık İsmail organise les silhouettes contre l'ouverture du ciel et de la mer, donnant au pont une fonction de scène. Vers 1920, ces hommes peuvent être lus comme travailleurs, voyageurs ou soldats démobilisés ; l'incertitude fait partie de l'œuvre. Le peintre préfère l'attitude collective au portrait individuel, comme s'il cherchait une image de transition. Chacun regarde ailleurs, comportement très humain dès qu'un groupe est censé contempler le même horizon.

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086Le Battage — Namık İsmail, vers 1920, huile sur toile

Namık İsmail

Le Battage

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le Battage porte la peinture de Namık İsmail vers le travail agricole. Les corps, les animaux et le mouvement circulaire de la tâche organisent une scène où l'effort collectif construit la composition. Dans les années 1920, la jeune République valorise fortement le monde paysan comme fondement national, et ce type de sujet acquiert une portée politique nouvelle. L'artiste ne renonce pourtant pas à la matière picturale : poussière, lumière et gestes empêchent l'image de devenir une affiche. La modernité turque se raconte ici loin des boulevards d'Istanbul, au rythme d'un travail qui n'avait rien d'abstrait.

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087Pont vénitien — Namık İsmail, vers 1920, huile sur toile

Namık İsmail

Pont vénitien

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Pont vénitien rappelle la formation européenne et les voyages de Namık İsmail. Au lieu d'un monument ottoman ou d'une scène nationale, il peint une architecture étrangère traversée par l'eau et la lumière. Cette ouverture est essentielle pour comprendre la génération de 1914, dont les artistes étudièrent à Paris, Berlin ou Munich avant de redéfinir la peinture turque. Le pont devient un exercice de construction spatiale autant qu'un souvenir de voyage. Il montre que l'identité artistique moderne ne s'est pas fabriquée derrière une frontière fermée, mais par des allers-retours, des comparaisons et quelques correspondances ferroviaires probablement interminables.

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088Kadifekale — Sami Yetik, vers 1915, huile sur toile

Sami Yetik

Kadifekale

Date:  vers 1915 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Kadifekale domine Izmir depuis une hauteur associée à l'ancienne Smyrne. Sami Yetik peint le site vers 1915, alors que l'Empire est engagé dans la guerre et que l'artiste lui-même connaît le front. La forteresse n'est pas seulement un vestige antique : elle relie une ville contemporaine à plusieurs couches de conquêtes et de défenses. Yetik simplifie les masses pour donner au relief une autorité presque militaire. La peinture précède les destructions et bouleversements qu'Izmir connaîtra après 1919, ce qui transforme aujourd'hui cette vue en document d'avant la catastrophe.

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089La Forteresse d’Ankara — Sami Yetik, vers 1915, huile sur toile

Sami Yetik

La Forteresse d’Ankara

Date:  vers 1915 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

La Forteresse d'Ankara domine une ville dont la jeune République vient de faire sa capitale. Sami Yetik peint la masse de la citadelle et les pentes habitées comme un relief façonné par plusieurs siècles de défense et de vie quotidienne. Officier autant que peintre, il connaissait la fonction réelle des murs militaires, ce qui distingue son regard d'une simple rêverie sur les ruines. La forteresse paraît solide, mais les maisons et les chemins rappellent qu'elle appartient désormais à une ville en pleine transformation. L'ancien poste de défense devient ainsi l'un des repères visuels du nouvel État.

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090La Fête du Sacrifice (Kurban Bayramı) — Sami Yetik, 1936, huile sur toile

Sami Yetik

La Fête du Sacrifice (Kurban Bayramı)

Date:  1936 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Peinte en 1936, La Fête du Sacrifice montre des femmes rassemblées autour de moutons à l'occasion du Kurban Bayramı. Sami Yetik s'éloigne ici des charges militaires qui ont fait sa réputation pour observer un rite religieux dans sa dimension domestique et collective. Les animaux occupent le premier plan, tandis que les gestes des femmes donnent à la scène son organisation concrète, loin d'une cérémonie officielle. L'œuvre documente la persistance des pratiques ottomanes dans la Turquie républicaine. La fête n'est pas représentée par un cortège spectaculaire, mais par le travail discret qui la prépare.

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091Le Marché — Sami Yetik, vers 1920, huile sur toile

Sami Yetik

Le Marché

Date:  vers 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Le Marché, Sami Yetik observe la circulation des personnes et des marchandises comme un récit quotidien. Les étals, les silhouettes et les pauses de la négociation donnent à la composition plusieurs foyers plutôt qu'un héros central. Peinte vers 1920, la scène appartient à une période de bouleversements politiques où les activités ordinaires continuent malgré tout. Yetik, connu comme officier et peintre de guerre, montre ici une autre forme d'organisation collective : vendre, acheter, comparer, attendre. Le marché devient une petite ville provisoire, gouvernée par le prix des produits et par cette règle universelle selon laquelle quelqu'un bloque toujours le passage.

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092La Cavalerie — Sami Yetik, vers 1915, huile sur toile

Sami Yetik

La Cavalerie

Date:  vers 1915 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

La Cavalerie concentre l'expérience directe de Sami Yetik comme officier et peintre des guerres ottomanes. Vers 1915, chevaux et soldats sont lancés dans une diagonale qui privilégie l'élan plutôt que le portrait. L'œuvre participe au langage héroïque de la peinture militaire, mais le poids des montures et la densité du groupe empêchent le mouvement de devenir pure abstraction. Yetik avait été capturé durant la guerre balkanique, ce qui donne à ses scènes une proximité avec le conflit rarement partagée par les peintres de salon. La charge impressionne ; l'histoire personnelle de l'artiste oblige cependant à ne pas confondre énergie visuelle et guerre sans coût.

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093Autoportrait — Hale Asaf, années 1920, huile sur toile

Hale Asaf

Autoportrait

Date:  années 1920 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

L'Autoportrait de Hale Asaf, réalisé dans les années 1920, affirme une artiste au regard direct et à la construction volontairement moderne. Formée à Istanbul, Berlin, Munich et Paris, elle simplifie les volumes et refuse le fini académique qui dominait encore une partie du portrait officiel. Sa vie courte et mobile accompagne la première génération de femmes turques pleinement engagées dans les avant-gardes européennes. L'image ne demande ni indulgence ni statut d'exception : elle présente une peintre qui connaît sa place dans le cadre. Ce regard frontal corrige à lui seul plusieurs décennies d'histoire de l'art écrite trop confortablement au masculin.

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094Bursa — Hale Asaf, vers 1925, huile sur toile

Hale Asaf

Bursa

Date:  vers 1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Bursa, peinte vers 1925, traduit la ville par des volumes compacts et des rapports de couleur plutôt que par une description touristique. Hale Asaf connaissait Bursa par sa famille et y enseigna un temps ; le sujet possède donc une dimension vécue. Les maisons, le relief et les rues sont simplifiés selon les recherches cubistes et postimpressionnistes rencontrées durant sa formation européenne. L'œuvre inscrit une ville historique ottomane dans la syntaxe de la modernité républicaine. Bursa garde ses monuments, mais elle cesse de poser pour la carte postale et accepte de devenir un problème de peinture beaucoup plus intéressant.

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095Portrait du père de l’artiste — Hale Asaf, vers 1925, huile sur toile

Hale Asaf

Portrait du père de l’artiste

Date:  vers 1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Le Portrait du père de l'artiste donne à Hale Asaf un sujet familial qu'elle traite sans sentimentalité excessive. Vers 1925, les plans du visage et du vêtement sont simplifiés, les couleurs rapprochées et la présence construite par la masse plutôt que par le détail photographique. La relation personnelle permet une observation soutenue, mais le tableau reste une recherche formelle exigeante. Il montre comment les artistes de la jeune République adaptent les leçons européennes à leur propre entourage. Le père n'est ni notable officiel ni allégorie nationale : il est regardé par sa fille, renversement d'autorité aussi discret que décisif.

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096Lecture au coin du feu — Hale Asaf, vers 1930, huile sur toile

Hale Asaf

Lecture au coin du feu

Date:  vers 1930 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Lecture au coin du feu appartient à la période parisienne de Hale Asaf, vers 1930. Une figure concentrée sur son livre est réunie à l'intérieur par la chaleur, les aplats colorés et la géométrie du mobilier. Le sujet intime contraste avec la vie difficile de l'artiste, marquée par la maladie, les déplacements et une reconnaissance fragile. Asaf transforme pourtant la pièce en refuge pictural, sans anecdote mélodramatique. La lecture ralentit la scène tandis que le feu organise les couleurs. Ce petit intérieur résume une modernité quotidienne : penser, lire et tenir chaud, programme artistique nettement plus durable que beaucoup de manifestes.

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097Accueil d’Atatürk — Mehmet Ruhi Arel, 1927, huile sur toile

Mehmet Ruhi Arel

Accueil d’Atatürk

Date:  1927 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Musée de peinture et de sculpture d’Ankara ·

Accueil d'Atatürk, daté de 1927, met en scène la réception du fondateur de la République par une foule organisée autour de son arrivée. Mehmet Ruhi Arel participe ainsi à la construction d'une iconographie nationale encore récente. Les gestes d'accueil, les vêtements et l'espace public traduisent l'idée d'une rencontre entre dirigeant et population. L'œuvre doit être lue comme une peinture d'histoire contemporaine, avec sa part de célébration politique et son intérêt documentaire. Elle montre comment la République fabrique ses propres cérémonies après avoir rejeté celles du palais, preuve qu'aucun régime ne renonce très longtemps aux beaux cortèges.

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098Nature morte — Mehmet Ruhi Arel, vers 1925, huile sur toile

Mehmet Ruhi Arel

Nature morte

Date:  vers 1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

La Nature morte de Mehmet Ruhi Arel ramène le regard vers l'atelier après les grandes scènes nationales. Vers 1925, objets, fruits ou récipients sont disposés pour étudier les volumes, les couleurs et les rapports de matière. Arel fut formé à l'Académie des beaux-arts d'Istanbul puis en Europe ; ce genre lui permet de mesurer directement cet héritage académique. La toile rappelle que les peintres de la République ne produisaient pas uniquement des emblèmes politiques. Ils continuaient à résoudre des problèmes plus anciens et souvent plus difficiles : comment faire tenir plusieurs objets sur une table sans que la composition ne s'effondre.

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099La Moisson — Mehmet Ruhi Arel, vers 1925, huile sur toile

Mehmet Ruhi Arel

La Moisson

Date:  vers 1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

La Moisson s'inscrit dans l'intérêt croissant de la peinture républicaine pour le monde rural. Vers 1925, Mehmet Ruhi Arel représente les corps au travail, les outils et le rythme collectif d'une activité fondamentale pour l'économie du pays. Le sujet correspond au discours qui fait du paysan le cœur de la nation, mais la peinture conserve une attention concrète aux gestes et à la fatigue. Arel ne peint pas une campagne vide destinée au repos urbain : il montre ce qui la produit. La lumière peut être belle, mais elle tombe sur des personnes qui ont commencé leur journée bien avant le spectateur.

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100Paysans — Mehmet Ruhi Arel, vers 1925, huile sur toile

Mehmet Ruhi Arel

Paysans

Date:  vers 1925 ·
Technique:  Huile sur toile ·
Collection:  Collection publique ·

Dans Paysans, Mehmet Ruhi Arel donne une présence collective à ceux que l'art officiel ottoman avait rarement placés au premier plan. Vers 1925, la jeune République cherche dans le monde rural une image de continuité, de travail et d'identité nationale. Les figures sont réunies sans être transformées en types décoratifs ; vêtements, attitudes et environnement maintiennent leur réalité sociale. Le tableau participe bien à une construction politique, mais il ouvre aussi la peinture à des vies longtemps tenues hors du cadre. Terminer ce parcours avec eux remet utilement les palais, les cortèges et les grands hommes à leur juste place dans le paysage.

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Une modernité faite de passages

Entre palais, académies, ateliers privés et rives du Bosphore, la peinture turque se construit par échanges successifs. Elle ne rompt jamais complètement avec la mémoire ottomane : elle la transforme en paysage, en portrait, en scène sociale et en matière picturale, jusqu’à faire de l’image un lieu où l’histoire demeure visible.

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