La Nuit étoilée, Vincent van Gogh, 1889, MoMA
Fauvisme · Expressionnisme · Art moderne · 1890–aujourd’hui

Comment Van Gogh a influencé l’art moderne

De Matisse à Bacon, la couleur et la touche qui ont tout changé

Van Gogh meurt en 1890 quasi inconnu. Vingt ans plus tard, il est le peintre le plus admiré du monde moderne. Matisse, Derain, Vlaminck, Nolde, Kirchner, Kandinsky, Bacon, Pollock : tous se réclament de lui. Qu’a-t-il inventé que le XXe siècle a trouvé si libérateur ? La couleur comme émotion, la touche comme geste, le tableau comme cri.

1901rétrospective Paris
1912Sonderbund, Cologne
1913Armory Show, New York
Le Café de nuit, Vincent van Gogh, 1888
Le Café de nuit, 1888La couleur « pas localement vraie » qui inspirera les Fauves.
L’essentiel en deux minutes

Trois inventions qui ont libéré la peinture

Van Gogh a donné au XXe siècle trois permissions que l’art académique refusait : peindre la couleur non pas comme on la voit, mais comme on la sent ; laisser la trace du pinceau visible et expressive ; faire du tableau un acte émotionnel, pas une fenêtre sur le monde. Ces trois permissions ouvrent toutes les voies de l’art moderne.

Le Fauvisme (Matisse, Derain, 1905) reprend sa couleur arbitraire. L’Expressionnisme allemand (Nolde, Kirchner, 1905-1911) adopte sa touche tourmentée. L’Expressionnisme abstrait (Pollock, de Kooning, 1948) radicalise son geste. Et Francis Bacon, en 1957, peint toute une série « d’après Van Gogh ».

Le Café de nuit, Vincent van Gogh, 1888
Vincent van Gogh, Le Café de nuit, 1888. Yale University Art Gallery. « Une couleur qui n’est pas localement vraie… mais qui suggère l’émotion. » Domaine public.
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Invention n° 1

La couleur comme émotion, non comme description

Van Gogh est le premier peintre à assumer pleinement que la couleur d’un tableau n’a pas à correspondre à la couleur de la réalité. Dans le Café de nuit, il écrit vouloir exprimer « les passions terribles de l’humanité par le rouge et le vert ». Les murs ne sont pas rouges dans la vie ; ils le sont dans le tableau, parce que le rouge ressent l’angoisse.

Cette idée — que la couleur est un langage de l’émotion, pas une copie du visible — est la graine du Fauvisme. Quand Matisse et Derain, en 1905, peignent des portraits verts et des arbres rouges, ils font exactement ce que Vincent avait théorisé vingt ans plus tôt.

« Une couleur qui n’est pas localement vraie… mais qui suggère l’émotion d’un tempérament ardent. »
Vincent à Théo, à propos du Café de nuit (1888)
La Nuit étoilée, Vincent van Gogh, 1889
Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889. MoMA, New York. La touche en spirale qui deviendra le geste expressionniste. Domaine public.
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Invention n° 2

La touche visible, le geste qui reste

Avant Van Gogh, la touche du pinceau devait disparaître : le tableau était une fenêtre lisse sur le monde. Vincent refuse. Sa touche reste visible, épaisse, vibrante : chaque coup de pinceau est un acte enregistré, une trace du corps qui a peint.

Cette visibilité du geste est exactement ce que reprendront les expressionnistes. La spirale de la Nuit étoilée, les empâtements des Tournesols, les hachures des autoportraits : tout cela dit au spectateur comment le tableau a été fait — et invite à sentir l’énergie du peintre au travail.

Cette idée culminera avec Jackson Pollock, qui en 1948 verse la couleur directement sur la toile au sol : le geste devient le sujet unique du tableau.

1901-1905

Les Fauves : la couleur libérée

L’histoire commence en 1901. Une grande rétrospective Van Gogh ouvre à la galerie Bernheim-Jeune, à Paris. Deux jeunes peintres encore inconnus — André Derain et Maurice de Vlaminck — la visitent et en sortent bouleversés. Vlaminck dira plus tard : « Ce jour-là, j’aimais Van Gogh plus que mon propre père. »

1901

Bernheim-Jeune

La rétrospective qui « excite » Derain et Vlaminck. Le Fauvisme est en germe.

1896

Matisse et Russell

Matisse reçoit un dessin de Van Gogh de John Russell. Il « abandonne sa palette de couleurs terreuses pour des couleurs vives ».

1905

Le Salon d’automne

Matisse, Derain, Vlaminck exposent ensemble. Un critique les surnomme « les Fauves ». La couleur de Van Gogh est devenue un mouvement.

Tournesols, Vincent van Gogh, 1888
Tournesols, 1888. National Gallery, Londres. Jaune sur jaune : la couleur pure qui inspirera les Fauves.
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Le Semeur, Vincent van Gogh, 1888
Le Semeur, 1888. Soleil en halo, complémentaires brutaux : la recette fauve avant la lettre.
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Autoportrait à l'oreille bandée, Vincent van Gogh, 1889
Autoportrait à l’oreille bandée, 1889. The Courtauld Gallery, Londres. L’intensité psychologique que reprendront les expressionnistes. Domaine public.
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1905-1914

L’expressionnisme allemand : la douleur exposée

En Allemagne, l’influence est encore plus directe. Le groupe Die Brücke (Le Pont), fondé à Dresde en 1905 par Kirchner, Heckel et Schmidt-Rottluff, se réclame ouvertement de Van Gogh. Emil Nolde, l’un des plus grands d’entre eux, « reconnaît sa dette envers l’œuvre de Van Gogh ».

Ce que les expressionnistes allemands retiennent, c’est la douleur exposée. Les autoportraits de Vincent, ses paysages tourmentés, ses ciels en spirale disent une angoisse que l’art académique taisait. Avec Van Gogh, le tableau devient un cri — et le spectateur ne peut plus détourner les yeux.

Le Sonderbund (Cologne, 1912) puis l’Armory Show (New York, 1913) diffusent cette influence à l’échelle mondiale. Van Gogh devient, avec Cézanne et Gauguin, l’une des trois sources du modernisme.

Au-delà du XXᵉ siècle

De Bacon à l’art contemporain

L’influence ne s’arrête pas aux Fauves ni aux expressionnistes. En 1957, Francis Bacon peint une série entière « d’après Van Gogh », reprenant Le Peintre en route pour le travail. Jackson Pollock admire l’énergie destructrice du geste. Willem de Kooning voit en Van Gogh le premier action painter.

Aujourd’hui encore, chaque exposition Van Gogh bat des records de fréquentation. Le mythe du génie incompris, de l’artiste qui souffre et peint malgré tout, reste l’un des récits les plus puissants de la culture moderne — et il nourrit la façon dont nous regardons toute peinture expressive.

Champ de blé aux corbeaux, Vincent van Gogh, 1890
Champ de blé aux corbeaux, 1890. L’angoisse à l’état pur : la toile que les expressionnistes n’ont jamais cessé de regarder. Van Gogh Museum.
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Cinq graines

Ce que Van Gogh a planté dans l’art moderne

La couleur arbitraire

Le droit de peindre un visage vert ou un ciel jaune : sans Van Gogh, pas de Matisse, pas de Derain.

La touche comme geste

Le coup de pinceau visible, signé, presque sculpté : l’ancêtre du dripping de Pollock.

L’empâtement

La pâte épaisse, matière vivante : Monticelli l’avait pressenti, Van Gogh l’impose, les expressionnistes l’adoptent.

Le tableau comme cri

Le droit de peindre la peur, la joie, la folie — l’art comme expression de soi, pas comme représentation du monde.

Le mythe de l’artiste

L’homme qui souffre, qui peint malgré tout, qui meurt inconnu et devient immortel : ce récit nourrit toute la culture artistique moderne.

Galerie

Cinq toiles qui ont changé l’art moderne

Questions fréquentes

Van Gogh et l’art moderne

Comment Van Gogh a-t-il influencé le Fauvisme ?

Par sa couleur non réaliste. Matisse reçoit un dessin de Van Gogh en 1896 et « abandonne sa palette terreuse pour des couleurs vives ». La rétrospective de 1901 à Paris « excite » Derain et Vlaminck. Quatre ans plus tard, le Fauvisme est né.

Comment a-t-il influencé l’expressionnisme ?

Par sa touche visible et son intensité émotionnelle. Les expressionnistes allemands (Nolde, Kirchner, Die Brücke) reprennent son pinceau expressif et son droit de peindre l’angoisse. « Nolde reconnaît sa dette envers Van Gogh. »

Quelle exposition a rendu Van Gogh célèbre ?

La rétrospective de 1901 à la galerie Bernheim-Jeune, à Paris, puis le Sonderbund de Cologne (1912) et l’Armory Show de New York (1913). Ces trois expositions l’imposent comme l’une des sources du modernisme.

Pourquoi Van Gogh est-il considéré comme un précurseur de l’art moderne ?

Parce qu’il a inventé trois permissions que tout l’art moderne exploitera : la couleur comme émotion, la touche comme geste, et le tableau comme expression de soi plutôt que comme représentation du monde.

Qui a été influencé par Van Gogh au XXᵉ siècle ?

Matisse, Derain, Vlaminck (Fauvisme) ; Nolde, Kirchner, Kandinsky (Expressionnisme) ; Francis Bacon (série « d’après Van Gogh », 1957) ; Jackson Pollock et de Kooning (geste et énergie).

Que disait Matisse de Van Gogh ?

Qu’il l’avait libéré. Influencé par un dessin de Van Gogh reçu de John Russell, Matisse a « abandonné sa palette de couleurs terreuses pour des couleurs vives ». C’est le geste fondateur du Fauvisme.

Sources et méthode

Aller aux textes

  1. Wikipedia (en) — Vincent van Gogh, sections « Legacy » et « Influence on Expressionism and Fauvism ».
  2. Wikipedia (en) — Post-Impressionism.
  3. Wikipedia (en) — Fauvism.
  4. Wikipedia (en) — Expressionism.
  5. Van Gogh Museum, Amsterdam — collection et influence.
  6. The Letters of Vincent van Gogh — édition savante Van Gogh Museum / Huygens ING.
  7. Wikimedia Commons — La Nuit étoilée, domaine public.

Les œuvres de Vincent van Gogh sont dans le domaine public. Les faits sur l’influence de Van Gogh s’appuient sur les articles Wikipédia du peintre et des mouvements (Fauvisme, Expressionnisme). Les citations sont extraites des lettres (édition Van Gogh Museum).

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